Antoine de Caunes : « Pourquoi vous parler de mes doutes

Faire du neuf avec des vieux. Quelle bonne idée  ! À 70 ans, Antoine de Caunes assume le mot « vieux », pourtant frappé d’ostracisme. Mais entre nous, qui dans la « vraie » vie utilise spontanément les termes « matures » ou « seniors » ? Il y a les jeunes, les adultes et puis… les vieux. Alors, pour déverrouiller l’image des cartes vermeil, l’ami intime de Bruce Springsteen les fait parler dans ce nouveau magazine « qu’on finira tous par lire ».

Quand je le retrouve au café Nemours, devant la Comédie-Française, ce sont d’abord les personnages de Pine d’huître et de Didier l’embrouille qui me viennent à l’esprit. Flegme britannique, mais toujours à l’affût du comique de situation. Son sourire en coin et ses yeux malicieux nous rappellent qu’avec lui on n’est jamais à l’abri d’un coup de folie.

Antoine, vieux beau ou vieux con  ?

Les deux. Mais je dirais davantage un vieux jeune garçon. Je m’étonne parce que ce que je vois ne correspond pas à ce que je ressens. Biologiquement je suis un vieux. J’ai 70 ans, mais dans ma tête j’en ai 7.

Et à 7 ans, vous ressentiez déjà ce besoin de ne pas entrer dans le moule  ?

Disons que ma scolarité a été assez poussive. J’ai pas mal redoublé. L’idée d’être assis derrière un pupitre à engloutir tout ce qu’on m’apprend, à le régurgiter après pour montrer que je l’ai bien digéré, ce n’était vraiment pas mon truc. Alors je m’évadais dans la littérature. Je lisais les livres que l’on me conseillait mais surtout ceux que l’on me déconseillait. Comme les œuvres de Voltaire, lorsque j’étais en pensionnat de garçons à Fontainebleau. Chez les curés, les vrais. Ceux habillés en abat-jour. Heureusement, j’ai échappé à l’étape « viens sur mes genoux, mon garçon ».

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Pourquoi le pensionnat  ?

Parce que j’avais tellement déconné dans les écoles précédentes que mes parents ne savaient plus comment me tenir. Alors le pensionnat était selon eux la dernière solution pour tenter de me calmer. C’était assez strict et militaire - l’aumônier avait fait la guerre ­d’Indochine - mais en même temps assez libéral, puisqu’on avait créé un groupe de musique, moi à la batterie et trois autres garçons. On avait le droit de répéter dans la sacristie si en échange on accompagnait les offices religieux. Je reviens de loin, hein ?

Que vous ont apporté ces années lycée chez les curés  ?

Le goût de la transgression. Le goût du « pas de côté ». Ce décalage est un manque d’esprit de sérieux. Je suis sérieux dans mon travail, mais je n’arrive pas à envisager le monde avec le sérieux dont certains adultes font preuve. Je vois toujours la comédie. Les Anglais ont cette facilité à parler légèrement de choses graves et gravement de choses légères.

Ne jamais se prendre au sérieux, n’est-ce pas une façon de se protéger  ?

Évidemment. Je me suis construit ma petite réalité à moi, qui me convient et qui me préserve de l’autre réalité. C’est ma manière à moi de faire diversion.

Pour camoufler votre anxiété  ?

Oui, pour ne pas souffrir.

Et quand l’autre réalité vous rattrape  ?

Comme tout le monde, j’ai des deuils, des drames. Mais j’évite d’en faire profiter le reste de l’humanité. La génération de mes parents a survécu à la guerre et avec ce gimmick  : « Never explain, never complain [« ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre »]. » J’ai été élevé comme ça. Mais pour autant, je ne reste pas mutique. Je communique au mieux avec mon premier cercle. Mais je pense que quand on est tourmenté, inquiet, anxieux, c’est bien de transformer toute cette matière première et d’en faire autre chose. Moi, je la transforme par l’écriture, la fiction… Et parfois, quand je n’ai plus besoin de paraître, de faire le beau face à vous parce que vous m’enregistrez, je peux me laisser cueillir par la mélancolie.

Vous êtes train de me dire que vous n’êtes pas du tout naturel à cet instant précis  ?

Je ne suis pas en train de construire un discours, avec des éléments de langage. Je suis d’une sincérité désarmante. Mais cette sincérité me fait jouer quand même un personnage qui est plutôt heureux, ravi de répondre à La ­Tribune Dimanche. Mais pourquoi vous parler de mes doutes ou de mes phases dépressives ? Ce serait impudique et je pense que ça ennuierait tout le monde. Surtout que, lorsque l’on est artiste, faire état de ses états d’âme est ­indécent.

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Vous vous ennuyez  ?

J’ai des souvenirs d’ennui qui sont liés à mon père. Il me contraignait à des activités qui m’ennuyaient. Je ne lui en veux pas, car comme il a beaucoup souffert d’avoir perdu prématurément son père, Il s’imaginait que pour élever un garçon il fallait le contraindre à une discipline d’enfer pour qu’il apprenne à s’en affranchir.

Quelles contraintes  ?

La collection la plus chiante au monde, la philatélie  ! Ou l’accompagner aux matchs de foot alors que je déteste le sport. Sauf le vélo.

Et votre mère  ?

J’ai eu une mère absolument géniale. Elle a fait toute mon éducation cinématographique et m’a aussi apporté beaucoup d’amour. Attention, pas l’amour étouffant à la Romain Gary  ! Mon père, lui, était à l’ancienne.

Il ne vous a jamais dit «  je t’aime  »  ?

Si, juste avant de partir. Et ça valait le coup d’attendre. J’ai beaucoup d’admiration pour mon père. C’était un mauvais père, très dur et pas marrant, mais qui était pour autant un mec inouï.

Quelle image avait-il de vous  ?

S’il était fier que le nom de Caunes se perpétue, je sentais bien que ma notoriété à l’époque de Nulle part ailleurs l’agaçait un peu. Comme une petite blessure d’amour-propre car il me voyait prendre le relais. Je le faisais marrer avec mes personnages, même s’il trouvait parfois que je poussais le bouchon un peu trop loin.

Vous aviez trouvé en Philippe Gildas un père de substitution  ?

Je ne le voyais pas comme ça. C’était mon ami, et six ans après son départ je ressens toujours autant de chagrin. En revanche, Frédéric Dard a un peu joué ce rôle-là, celui de père spirituel, ce qui est assez paradoxal car mon père l’était déjà lui-même, spirituel… D’ailleurs, il l’avait très mal pris, même s’ils étaient potes. Je l’ai tellement aimé. Un mec merveilleux, humainement extraordinaire. Il m’a appris qu’il n’y avait qu’une lettre de différence entre « lire » et « rire ». J’ai grandi en lisant San-Antonio, qui est aujourd’hui totalement au purgatoire  !

Couv Vieux - Antoine de Caunes

Le Magazine Vieux, piloté par Antoine de Caunes, est un trimestriel vendu à 7,90 euros.

On vous dit encore «  tiens, c’est le con de la télé  »  ?

Tous les jours, par la grâce d’Internet et des réseaux sociaux. Mais aujourd’hui, c’est plutôt « tiens, c’est le VIEUX con de la télé ». Depuis le temps que ça dure, j’ai fini par me faire une raison. [Rires.]

C’est comment, le dimanche d’Antoine de Caunes  ?

Je fais le marché à Trouville ou boulevard ­Raspail quand je suis à Paris. Je lis, je vais au théâtre, au cinéma… Un vrai dimanche de vieux  !  

Ses coups de cœur

Il a une passion pour Les Drapeaux de France, un magasin de figurines en tout genre. « Un endroit poétique et complètement perché. » Il ne nous donnera pas d’adresses gastro chez lui à Trouville car « il n’y a aucun restaurant recommandable  ». En revanche, à Paris, c’est chez Yamamoto qu’il mange les meilleurs sushis. Côté toiles, le dernier Audiard, Emilia Pérez, l’a totalement bouleversé.

Les Drapeaux de France, place Colette (Paris 1er).
Yamamoto, 6, rue Chabanais (Paris 2e).

L’écrit initial est réédité de la manière la plus honnête que possible. Pour toute observation sur ce sujet concernant le sujet « men chastity », veuillez utiliser les coordonnées indiquées sur notre site web. sexymendirectory.net vous a préparé ce post qui débat du sujet « men chastity ». sexymendirectory.net est une plateforme numérique qui globalise diverses infos publiées sur le web dont le sujet de prédilection est « men chastity ». Il y a de prévu plusieurs articles sur le sujet « men chastity » dans quelques jours, nous vous invitons à consulter notre site web aussi souvent que possible.

Par Joseph GARCIA

Responsable édition

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