Interview Festival de Cannes 2024. « Je me voyais en elle et elle se voyait en moi » : Agnès Jaoui dans l’ultime film de Sophie Fillières

« Ma vie ma gueule », dernier film de la cinéaste Sophie Fillières, disparue l’été dernier, a fait l’ouverture de la Quinzaine des cinéastes. Nous avons rencontré à Cannes l’actrice Agnès Jaoui qui en interprète le rôle principal, sorte de double de la réalisatrice.

France Télévisions – Rédaction Culture

Publié le 16/05/2024 18:03

Temps de lecture : 5 min

Agnès Jaoui dans le film de Sophie Fillières "Ma vie ma gueule". (CHRISTMAS IN JULY)

Profond, drôle, émouvant. Ma vie ma gueule est le portrait d’une femme de 55 ans en proie à mille interrogations sur l’existence, la mort, le couple, la filiation, le travail, l’analyse, etc. qui cherche une autre voie. Sa réalisatrice, Sophie Fillières, morte en juillet 2023, a pu écrire et tourner entièrement le film et laisser à ses enfants Agathe et Adam Bonitzer le soin d’assurer sa post-production.

Le film a été choisi pour ouvrir la sélection parallèle du Festival de Cannes, la Quinzaine des cinéastes, mercredi 15 mai au soir. Nous avons pu nous entretenir le jour même avec l’actrice qui tient le rôle principal de ce film, Agnès Jaoui, sur l’une des plages de Cannes.

Franceinfo Culture : Vous campez dans Ma vie ma gueule un personnage qui traverse une période de turbulences dans sa vie et on sait qu’il s’agit de la réalisatrice Sophie Fillières.
Comment s’est fait ce transfert ? Vous a-t-elle dit : « tu seras moi »?

Agnès Jaoui : Non, elle n’a pas du tout dit « tu seras moi ». Par contre, elle m’a mis ses vêtements, ses teeshirts, ses bagues tous les matins que je lui rendais tous les soirs, ses chaussures, qui font une démarche particulière… Et c’était chez elle, avec ses amis et les scènes avec son psy sont tournées chez son psy, avec son psy. Donc, bon…

Et en même temps, il y a eu co-fabrication du personnage. Qu’y a-t-il de vous dans tout cela ?
Il y a de moi probablement la connaissance aussi parfois d’états moins joyeux, d’un côté sombre : la connaissance du gouffre, si je puis dire. Et il y a l’âge, et le fait que je sois réalisatrice aussi, et je pense d’un coup au fait qu’elle est venue me voir sur scène chanter, et elle m’a dit qu’elle a adoré et que d’ailleurs, elle avait eu envie d’être à ma place. Ce qui était la preuve à quel point elle avait aimé. Et donc je pense qu’il y avait aussi un effet de double : je me voyais en elle et elle se voyait en moi.

Et puis il y a aussi la proximité de certaines thématiques, comme la psychanalyse, dont vous avez une connaissance très approfondie. Car Ma vie ma gueule est aussi un film qui traite de cela.
Tout à fait. Oui, c’est vrai que tout le côté psychanalytique, mais aussi psychologique, psychiatrique, fait partie de l’histoire de ce film et de la mienne d’une certaine façon (et d’une façon certaine). Il y a aussi un autre lien avec Sophie Fillières, et pas des moindres, j’ai fait tourner sa fille Agathe Bonitzer dans Au bout du conte, et j’ai joué sa marraine. Et c’était un des rôles importants d’Agathe.

Une question posée dans une scène du film est : mais vous la connaissez, ma nature ? Comme on entend souvent : ce n’est pas dans ma nature d’être comme ci ou de faire ça. Une réplique plus profonde que ça n’a l’air…
Moi, je la trouve très très drôle cette réplique, et très intéressante parce qu’il y a toujours des gens qui disent : moi, je ne suis pas quelqu’un qui, ou je suis quelqu’un de… très généreux par exemple. On a envie de lui dire : t’es quelqu’un… Ah bon, tu sais qui tu es, toi ? Je trouve que justement, mon personnage, elle a ce côté très… elle ne se la raconte pas. Elle se regarde en face. Et c’est ce qui m’a plu dans ce que j’avais à jouer, sans maquillage, sans rien. J’avais à me regarder en face. C’est le contraire de celui qui dit : je suis quelqu’un qui.

Dans ce film, le drame rencontre en permanence l’humour. C’est aussi l’une de vos signatures en tant que scénariste. Comment ça s’est passé pour ce film ? Vous êtes-vous exclusivement reposée sur le script de Sophie Fillières ?
C’est le script qui l’emporte. Après, c’est vrai qu’avec Jean-Pierre Bacri, on écrivait comme ça, on avait besoin d’écrire comme ça, et au fur et à mesure des années, c’est devenu… « ma nature » (rires). C’est un point de vue sur la vie, à la fois tragique et dont il vaut mieux rire.

La langue, les mots sont très importants dans ce film. Comment vous êtes-vous coulée dans des mots qui parfois frisent la littérature, comme les beaux poèmes écrits par Sophie Fillières ?
En les assumant autant que possible, en les savourant aussi, parce qu’ils sont très beaux et qu’il n’y en a pas un qui soit au hasard, y compris dans les didascalies, je le dis parce que ce n’est pas si fréquent : les didascalies du scénario étaient d’une beauté, d’une poésie, c’était de la littérature.

Revenant au transfert de personne avec Sophie Fillières, n’est-ce pas parfois un peu lourd de porter le poids d’une autre personne ?
Porter quelqu’un d’autre, c’est le but d’un acteur ou d’une actrice. Moi, j’adore être quelqu’un d’autre, je ne rêve que de ça. De m’oublier le plus possible. Ce n’est pas que je ne m’aime pas, c’est qu’en tout cas, c’est plus léger quand je suis quelqu’un d’autre, même quand c’est quelqu’un de grave ou qui ne va pas bien.

Un mot sur Cannes et sur l’atmosphère #MeToo qui s’y est installée. Vous avez dit précédemment vous méfier des emballements collectifs. Auraient-ils une raison d’être quand la cause, ici le #MeToo français, le mérite ?
Vous avez trois heures ? (Rires) Il y a un paradoxe : d’un côté, Cannes est le plus grand festival et la vitrine d’un cinéma a priori moins commercial que l’industrie hollywoodienne, qui défend des auteurs, des singularités. De l’autre côté, il s’est aussi bâti sur la starlette à moitié nue sur la plage et les hordes de mecs en train de la pendre en photo. Moi-même, j’y étais à 14 ans, m’exposant sur la plage, et je suis rentrée brûlée au deuxième degré. Une belle leçon. J’étais très fière que plein de gens me prennent en photo, seins nus, parce que c’était l’époque. Donc il y a ce paradoxe qui a du mal à disparaître et donc on est comme en retard sur tout un phénomène de société ô combien nécessaire. À côté de ça, j’ai vraiment beaucoup de mal avec le jeu de massacre. Donc l’idée que c’est un monde abject avec plein de trucs horribles, c’est faux, il n’est pas plus abject qu’un autre et même souvent mieux que d’autres milieux, donc je ne souscris pas à tout.

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Par Joseph GARCIA

Responsable édition

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